Etude
par Christophe
ARNOULT

Etude sur le taux de perte au cours des entraînements dans une région riche en rapace

Par Christophe Arnoult, Chargé de recherche au CNRS
Union Colombophile des Alpes-Grenoble

 

Introduction Tout colombophile habitant dans les régions françaises où le faucon pèlerin est présent tout au long de l'année connaît des entraînements catastrophiques.
Des pigeons lâchés d'une distance proche du colombier (distances inférieures à 70 km) mettent plusieurs heures à plusieurs jours à rentrer, les rentrées se faisant les unes après les autres, et de manière quasi obligatoire, au moins 1 ou 2 pigeons manquent à l'appel, parfois beaucoup plus, ou rentrent profondément mutilés.
Le colombophile qui aura pris soin de choisir un jour ensoleillé, sans vent et en absence de grosse chaleur connaîtra pourtant les mêmes déboires. De même, 2 lâchers réalisés le même jour peuvent connaître des destins bien différents : un groupe de pigeon rentrera sans problème, à une vitesse normale (i.e. supérieure ou égale à 1000 m/min), l'autre connaissant un vol plus funeste. Il n'y a guère de doute à avoir, la cause de ces mauvaises rentrées est à imputer à une attaque de faucon pèlerin. Il suffit de voir le stress provoqué par une attaque de ce rapace autour du colombier lors d'une volée quotidienne pour se persuader qu'une telle attaque se produisant au cours d'un vol de retour au colombier entraîne une désorientation majeure des pigeons. En cas d'attaque la volée est éclatée, de nombreux pigeons se précipitent vers le sol, à la recherche d'un abri et n'hésitent pas à rentrer dans les habitations pour fuir ce vorace prédateur. Dès qu'ils ont trouvé un abri, ils peuvent y rester plusieurs heures sans bouger, prostrés.
Afin d'essayer de limiter les pertes au cours des entraînements, une étude a été réalisée sur 3 ans, tenant compte de 33 entraînements, pour déterminer les facteurs qui influent sur la rentrée des pigeons.
Le faucon pèlerin, un redoutable prédateur pour nos protégés...
A. Méthodes

Le colombier est situé dans les contreforts de la Chartreuse, à une altitude de 500 mètres et entourés de sommets compris entre 800 et 1200 m. Les entraînements sont réalisés entre 6 et 70 km sur une ligne Ouest Sud-Ouest (direction moyenne Valence-Drome). La quasi-totalité des lâchers ont été réalisés par beau temps, le soleil étant toujours visible et en absence de pluie. Le vent est soit nul, soit modéré.
Les lâchers ont été-réalisés au mois de mars, avril, juillet et août. Les mois de mai et de juin sont très peu représentés car à cette époque les entraînements sont terminés et remplacés par les concours. Il est donc difficile d'extrapoler les résultats obtenus à ces 2 mois, car le comportement des rapaces est alors différent, ces 2 mois correspondant à l'époque de reproduction. Une étude complémentaire sur ces 2 mois serait nécessaire pour conclure.

Deux facteurs ont été étudiés
- Nombre de pigeons lâchés (entre 3 et 37 pigeons)
- Heure où le lâcher a été réalisé. Les heures sont données en heure officielle. Cela signifie qu'aucune correction n'a été apportée quant à l'heure d'hiver / été.
Un vol de pigeon est déclaré non attaqué lorsque l'ensemble des pigeons rentrent en un seul groupe. L'absence d'un pigeon n'est pas considérée comme une preuve d'attaque et l'entraînement est classé comme "non attaqué". Les attaques sont facilement repérables, les rentrées s'échelonnant sur toute la journée, voir jusqu'au lendemain.

 
 
B. Etude sur la taille du vol de pigeon.

Une des idées simples qui vient à l'esprit est de penser que plus le groupe de pigeon est important et plus il sera repéré de loin par le rapace et donc plus souvent il sera attaqué.
Sur les 33 lâchers réalisés, 10 avaient une taille inférieure à 5 pigeons, 6 avait une taille compris entre 6 et 10, 9 une taille compris entre 11 et 15, 5 une taille compris entre 16 et 20 et 3 une taille supérieure à 21 pigeons. Les résultats sont synthétisés dans le graphe ci-contre (cliquez pour agrandir)
La figure 1 montre clairement que la taille de l'effectif n'est pas en jeu dans l'attaque par le faucon pèlerin. Ce résultat est surprenant si on considère qu'un effectif important est plus facilement repérable par l'oiseau de proie. Deux raisons peuvent expliquer ce résultat :
- Les proies naturelles ne se déplacent généralement pas en bande et vu le taux de succès de ses attaques, il ne laisse passer aucune occasion qui se présente à lui.
- Le taux de succès diminue lorsque le vol de pigeon est important, lié au temps perdu dans le choix de la proie. Ce mode de protection est bien connu et explique en grande partie le grégarisme des espèces gibiers. Cette diminution du taux de succès ferait hésiter le rapace et diminuerait de manière relative la prédation sur les gros effectifs, bien que ceux-ci ait été mieux repérés.

En conclusion, ce n'est donc pas la peine de fractionner ses entraînements pour éviter les rapaces.


Figure 1 : influence de la taille du vol de pigeon sur le risque d'attaque par les rapaces (cliquez pour agrandir le graphique)

 

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