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par  le Docteur
Vétérinaire
Chr. ARNOULT

La grippe aviaire

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 GRIPPE AVIAIRE 
ET COLOMBOPHILIE

article du 04/11 /05                     Par Christophe Arnoult, Dr Vétérinaire

Depuis quelques semaines, les médias se déchaînent sur la grippe aviaire. Pas un journal télévisé, pas un magazine qui ne titrent sur cette maladie. Les colombophiles, passant de longues heures auprès de leurs oiseaux sont-ils potentiellement en danger ? Quels sont les risques ?


A. La grippe aviaire. Avant tout une maladie des oiseaux.

1/ L'agent responsable

La grippe aviaire est due à un virus (influenza A). Comme pour la grippe humaine, le virus de la 
grippe aviaire change souvent (mutation). Ces virus sont classés en fonction d'éléments présents à leur surface que l'on appelle l'hémagglutinine (H) et la neuraminidase (N). Il existe quinze sous-types H ( de H1 à H15) et neuf sous-types N (de N1 à N9). On nomme les virus de la grippe aviaire avec deux lettres, représentant le sous type H et le sous type N (exemple H5N1). 
Tous les sous-types de virus n'ont pas la même virulence : certains ne font que très peu de dégâts, d'autres au contraire sont très pathogènes comme les virus influenza de sous-types H5 et H7. Il faut savoir que c'est le sous-type H7 qui a touché le Benelux en 2003. Aujourd'hui c'est le sous-type H5 qui nous menace.

Deux remarques :
-C'est une maladie très contagieuse chez les oiseaux d'élevage et dans un poulailler, l'ensemble des volailles peut être infecté en moins de 48H00. Les volailles atteintes meurent rapidement d'une septicémie et non d'un syndrome grippal.
-Les virus ne sont pas sensibles aux antibiotiques donc ces médicaments sont sans effet sur la 
maladie.

2/ Nouvelle maladie ?

La grippe aviaire a toujours existé. Comme le montre la carte ci-dessous, depuis une cinquantaine 
d'années, l'Europe a été traversée par de nombreuses crises de grippe aviaire. Nous nous souvenons bien de la dernière crise de 2003 qui a démarré aux Pays-Bas et qui a bloqué le début de la saison.

Avant 2005, l'Europe avait été toucheé 9 fois par la grippe aviaire.

3/ Le pigeon est-il sensible ?

La question est d'importance. Jusqu'à aujourd'hui, on pensait que le pigeon était insensible aux 
virus de la grippe aviaire. Plusieurs expériences avaient été réalisées en laboratoire pour tester la 
sensibilité des pigeons aux virus de la grippe aviaire. On a infecté expérimentalement des pigeons avec les souches H5N2 et H7N7, deux souches très virulentes du virus de la grippe aviaire. Au bout de 3 semaines les pigeons sont restés indemnes et ont été incapables de transmettre la maladie à des poules entretenues à leur contact.
En 2001, les scientifiques ont de nouveau refait des expériences avec le virus H5N1 isolé pendant 
la première épidémie de Hong-Kong et encore une fois les pigeons sont restés en bonne santé .
Cependant pendant l'année 2002, il semblerait que le virus H5N1 a continué à muter et a gagné encore en virulence. En effet, les canards qui étaient eux aussi insensibles ont commencé à tomber malades et à mourir. Certains éléments peuvent faire penser que les pigeons pourraient être sensibles à ce nouveau variant. En effet, un pigeon de ville a été trouvé mort et porteur du virus H5N1 .
Cependant l'évaluation de la virulence de H5N1 n'est pas facile. En effet entre 2003 et 2004, 23 virus différents H5N1 ont été isolés en Asie. Certains sont très virulents et tuent les canards, d'autres au contraire n'ont aucun effet sur ces mêmes canards (tout en étant toujours virulents contre les poules par exemple) . Comme aujourd'hui nous ne savons pas quel variant de H5N1 pourrait atteindre l'Europe occidentale, il est impossible de savoir si les pigeons seront ou non sensibles à la maladie.
On peut tout de même retenir que le pigeon est parmi les oiseaux, l'un des moins sensibles à la grippe aviaire.
Il est urgent que les laboratoires impliqués dans ces recherches évaluent, pour chaque variant du virus H5N1, sa virulence sur les pigeons.


B. La grippe aviaire. C'est aussi une maladie transmissible à l'homme (zoonose)


1. Grippe aviaire et zoonose

Contrairement à la paramyxovirose, la grippe aviaire peut dans certaines circonstances se transmettre aux hommes. Depuis le début de la crise de Honk Kong de 1999, 118 personnes ont été diagnostiquées comme infectées par le virus H5N1 et 62 personnes en sont mortes. Aussi dramatiques que soient ces décès, il faut bien se rendre compte qu'en terme de santé publique, la grippe aviaire n'est absolument pas un problème. En effet, 62 décès en 2 ans, cela ne fait que 30 décès par an pour une région du monde qui compte presque 2 milliards de personnes !! Pour bien se rendre compte que la grippe aviaire n'est pas dangereuse, comparons ces chiffres à ceux des infections d'origine alimentaire en France (transmises par l'alimentation et dues à des bactéries, des virus ou des parasites). La France, pour 60 millions d'habitants, compte 250 000 cas d'infections d'origine alimentaire chaque année. Les salmonelloses représentent entre 30 600 et 41 000 cas par an, provoquent 5600 à 10 200 hospitalisations et de 90 à 530 décès . La deuxième cause de décès par infection alimentaire, également provoquée par une bactérie, est due à la listériose (300 hospitalisations et 80 décès par an). Autrement dit, la salmonellose tue entre 200 et 1000 fois plus que la grippe aviaire !!!. Soyons donc conscient du risque sanitaire posé par la grippe aviaire et gardons nous de toute peur injustifiée.
Le virus H5N1 peut certes passer chez l'homme, mais ce passage n'est pas facile. Seul un contact 
important et prolongé avec ce virus peut lui permettre de passez chez l'homme. Le virus de la grippe aviaire n'est pas adapté à l'homme et il ne faut pas craindre une épidémie de grippe aviaire chez l'homme.

2. Grippe humaine et virus H5N1

Un des risques largement évoqués est la possibilité d'une nouvelle mutation du virus H5N1, qui en se recombinant avec un virus de la grippe humaine, pourrait alors devenir 1/facilement transmissible à l'homme, 2/ très contagieux et 3/très dangereux pour l'homme. On parle alors de « cassure » du génome du virus de la grippe. 
Les recombinaisons (association de deux virus) entre les virus de la grippe humaine et ceux de la grippe aviaire arrivent en moyenne tous les 25-30 ans et sont responsables d 'épidémies de grippe humaine très graves. Nous avons déjà subi de telles épidémies. Celle de 1918 était due à une recombinaison avec H1N1 (grippe espagnole), en 1957 il y a eu une recombinaison avec H2N2 (grippe asiatique) et en 1968 avec H3N2 (grippe de Hong-kong). Les spécialistes de la grippe pensent que le virus de la grippe humaine devrait muter dans un avenir assez proche. Cependant, aucun élément ne permet de dire que H5N1 sera la base de la future recombinaison. Les canards sont porteurs de toutes les variantes possibles des virus de la grippe (en 2003 c'est H7N7 qui a été transmis par des canards squvages!) et il se pourrait qu'il y ait une recombinaison avec un virus dont personne n'ait entendu parler ! La cassure est probable et il est normal que les institutions sanitaires nationales prennent des mesures pour lutter contre un tel événement, potentiellement très dangereux pour l'humanité. Cependant, le risque existait à l'identique il y a 10 ans, 5 ans ou l'année dernière et pourtant aucun média n'en parlait !! Là encore, soyons attentifs mais gardons nous de toute réaction disproportionnée par rapport à une maladie qui n'existe pas encore !


C. Y-a t'il des précautions à prendre par rapport à nos pigeons ? 


Tant que la grippe n'est pas décelée dans notre région, continuons à faire comme les années précédentes. Si vous sortiez vos pigeons, il n'y a pas de raison d'arrêter de le faire. Le risque d'un contact entre un oiseau migrateur et des pigeons voyageurs en période de repos hivernal est quasiment nul. Après la volée, le mieux est de les rentrer rapidement : d'ailleurs plus personne ne laisse ses pigeons aller aux champs, les risques sont trop importants entre les pesticides, les rapaces et les chasseurs. De plus en plus de colombophiles (et des très bons !) laissent leurs pigeons totalement enfermés pendant toute la saison morte afin d'éviter aux pigeons une mauvaise rencontre.

Si la grippe aviaire se déclare dans votre région, il me semble important de renfermer ses oiseaux. 
Je ne sais pas encore quelle sera l'attitude des autorités sanitaires vétérinaires dans le cas où des colombiers seraient situés à proximité immédiate d'élevage infectés, mais je pense que pour éviter le pire (abattage de nos oiseaux), l'enfermement de nos oiseaux, associé à un strict protocole sanitaire pourraient être des éléments importants. J'entends par strict protocole sanitaire les éléments suivants :
- tenue vestimentaire réservée au colombier
- Paire de chaussure strictement réservée pour rentrer dans le colombier
- Bain désinfectant pour les chaussures à l'entrée du colombier.
- Visites de personnes tierces interdites

Existe t-il un vaccin ?

Oui, il existe un vaccin efficace qui protège contre la grippe aviaire de type H5N1. Ce vaccin a été utilisé avec succès à Hong-Kong dans la lutte contre H5N1. Malheureusement, ce vaccin n'est pas disponible en Europe pour l'instant. Les autorités sanitaires sont réticentes à utiliser un vaccin car il devient après difficile de faire la différence entre un oiseau infecté et un oiseau vacciné. 
Je pense cependant que les fédérations colombophiles devraient commencer à négocier l'autorisation de vacciner dans le cas où la grippe s'installerait en Europe de l'ouest. En effet, nos pigeons ne sont pas de vulgaires poulets et nos élevages représentent bien souvent des années de sélection, des sacrifices humains et financiers importants. Cette vaccination est d'ailleurs prévue pour les oiseaux des zoos. L'abattage complet d'un élevage déciderait beaucoup de colombophiles à stopper notre hobby. La colombophilie n'a pas besoin de cela ! Il faut d'urgence exposer aux autorités vétérinaires Européennes qu'il existe une spécificité des élevages colombophiles (valeur des oiseaux, génétique…). 


Perkins L. Swayne D. (2001) Pathogenicity of a Hong Kong-Origin H5N1 Highly Pathogenic Avian Influenza Virus for Emus, Geese, Ducks, and Pigeons. Avian Dis. 2002 Jan-Mar;46(1):53-63
Ellis TM et al, 2004. Investigation of outbreaks of highly pathogenic H5N1 avian influenza in waterfowl and wild birds in Hong Kong in late 2002. Avian Pathol. 2004 Oct;33(5):492-505
Sturm-Ramirez et al, 2005. Are ducks contributing to the endemicity of highly pathogenic H5N1 influenza virus in Asia? J Virol. 2005 Sep;79(17):11269-79.
Sources : institut Pasteur

 

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